Renoncer au doute c’est renoncer à la science Par Didier Raoult

Une question importante en science est celle de l’autocritique. Probablement en réaction à l’adhésion aux idéologies marxistes des intellectuels français pendant la première partie du 20ème siècle, la deuxième partie de ce siècle s’est illustrée par la remise en cause systématique des dogmes. Celle-ci est parfois excessive mais elle permet de clarifier ce qui est stable et ce qui est dépassé dans les théories scientifiques.

Toutes les théories scientifiques sont mortelles, le devoir des scientifiques est de continuer à manier le doute et la critique, mais ceci nécessite un investissement permanent. Il est beaucoup plus difficile d’être dans le doute lorsque l’on est soumis à la pression simplificatrice et normalisatrice de la communication et de la politique. La remise en cause des dogmes dominants ne doit pas aboutir, comme dans les études de genre, à créer un nouveau dogme.    

Sur le plan social, il est plus dangereux à moyen et long terme d’avoir des discours simplificateurs, sachant qu’ils sont faux, plutôt que de tenter de nuancer les grandes théories de l’instant car la désillusion entraîne une perte de crédibilité. Ceci peut s’appliquer à l’ensemble des théories scientifiques. La volonté de les imposer entraîne une résistance de plus en plus importante. Ainsi, transformer le vaccin en choix idéologique, ou ériger le réchauffement de la planète en dogme, ou faire de la théorie darwinienne une religion intouchable ne fait que déclencher en retour des oppositions obstinées. Celles-ci ne sont plus basées sur une analyse critique, mais sur le refus brutal d’une théorie devenue une idéologie et donc perçue comme totalitaire. J’ai en tête l’exemple d’un scientifique qui a commencé par une approche scientifique, anthropologique, d’observation de la genèse des faits scientifiques, puis a opéré un tournant à 180° en reniant toute approche critique, au motif qu’elle empêcherait selon lui une action politique ! Ainsi, quand un scientifique perd le goût du doute et de la critique, il entre dans un domaine qui n’est plus la science mais celui de la religion ou de la politique.

Notre époque heureusement voit émerger une génération de scientifiques redevenus sceptiques et le champ scientifique le plus actif est celui de la vérification des articles. Et c’est ainsi que plus de la moitié des articles de biologie publiés dans ds revues de très haut niveau se sont avérés non reproductibles, or la reproductibilité d’une expérience est indice essentiel de qualité d’une recherche. De nouveaux médias apparaissent qui rendent publiques toutes les expériences, qu’elles aillent ou non avec le résultat attendu. Et une nouvelle analyse des meilleurs articles d’économie a fait l’objet dans la revue Science, d’une publication désenchantée, montrant leur instabilité et leurs grossières erreurs (1). Le doute est consubstantiel à la science. Pour les crédos il y a les religions. 

(1) Evaluating replicability of laboratory experiments in economics. Science, (2016).

 

 

Olivia Recasens

Conseillère éditoriale pour tous les développements (éditions, magazines et numérique) du pôle Culture et Connaissance au sein du groupe Humensis

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *