Réchauffement climatique, pesticides et milliardaires Par Didier Raoult

On me demande parfois pourquoi est-ce que je m’intéresse aux  prévisions sur le réchauffement climatique alors que je suis biologiste ? Tout simplement, parce que je suis régulièrement sollicité pour rédiger des revues ou participer à des demandes de financements pour des études portant sur le risque d’augmentation des maladies infectieuses liées au réchauffement climatique. En particulier, les maladies dites « sectorisées », transmises  par des moustiques ou des tiques. Or, bien que mon laboratoire soit probablement le plus spécialisé au monde sur la transmission des maladies bactériennes, je n’ai jamais observé en vingt ans, la moindre recrudescence  !

Ce constat colle avec les analyses annuelles que la grande revue scientifique, Le Lancet  réalise sur les causes de décès dans le monde. En réalité, la mortalité de toutes les maladies transmises par des vecteurs est en régression. Le paludisme tuait en 2005, 1 167 000 personnes. Il fait 37% moins de victimes aujourd’hui (730 000 personnes) et 60% de moins qu’en 2000. Cette chute brutale de la mortalité par le paludisme est essentiellement du à l’usage massif d’insecticides, en l’occurrence la permetrine qui imprègne des moustiquaires, ou les murs. Ces produits sont distribués gratuitement. En particulier grâce à l’action de milliardaires comme Bill Gates, ou grâce à la coalition sanitaire mondiale qui lutte contre le paludisme. Autant dire que la réalité est politiquement incorrecte : un milliardaire sauve des millions de vies avec des pesticides ! 

Les autres maladies vectorisées, les leishmanioses, transmises par des petits insectes, ont vu leurs fréquences diminuer, la maladie du sommeil (trypanosomiase) due à la mouche Tsé Tsé, est ainsi passée de 14 000 à 1  500 morts annuels. Au total, la mortalité des maladies vectorisées et des maladies virales émergentes a baissé de près d’un tiers en dix ans. Une bonne nouvelle dont personne ou presque ne parle…

Délires catastrophistes

Je ne me suis jamais prêté aux prophéties. A bon escient. La catastrophe annoncée depuis vingt ans ne s’est toujours pas réalisée. On meurt de moins en moins de maladies dues à des insectes et des tiques. C’est tant mieux, et c’est en grande partie lié à l’usage des insecticides. La réalité est bien différente des fantasmes plus ou moins écologiques. L’observation de la prédiction. 

Mais il n’est pas sûr que cette leçon de vérité décourage les  délires catastrophistes dans les années à venir. Il est d’ailleurs difficile de résister à ces poussées de peurs médiatisées, même lorsque l’on est scientifique, car  nous sommes sollicités pour participer à des contrats de recherches extrêmement juteux ou pour rédiger des articles dans les meilleures revues sur ces sujets alarmistes qui nourrissent la panique. Expliquer que  les prédictions sont uniquement basées sur  l’émotion et non sur la réalité scientifique revient à scier la branche sur laquelle nous sommes assis…

Olivia Recasens

Conseillère éditoriale pour tous les développements (éditions, magazines et numérique) du pôle Culture et Connaissance au sein du groupe Humensis

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