La post-vérité en science Par Didier Raoult

Notre époque est entrée dans l’ère de la « post-vérité ». Ceci consiste à remettre en cause les vérités affichées par les « sachant » ou ceux qui sont censés représenter la connaissance. Car il se pose un problème, celui de la crédibilité des messages destinés au public. Depuis quelques années, les affirmations émises par des notables, sans la moindre discussion sur un certain nombre de domaines, ne sont plus acceptées, elles sont souvent contre balancées sur les réseaux sociaux, par d’autres informations mais qui sont, elles, non contrôlée. Elles devraient pouvoir être pondérées par l’idée qu’il ne s’agit pas de vérités définitives mais approximatives qui sont liées à la connaissance du moment, en aucun cas des notions sacrées. 

Quelques exemples. Ainsi les changements climatiques. En pratique, tous les modelés mathématiques prédictifs ne sont que des projections virtuelles qui n’ont pas de valeur scientifique mais expriment la possibilité d’un scénario à condition que les données objectives de connaissances dont on dispose soient suffisamment importantes. Ceci ne permet toutefois pas d’avoir des positions affirmatives tranchées et d’exclure ceux qui ne sont pas certains de la validité des modèles qui nourrissent la réflexion. Pendant quinze ans, afin de ne pas remettre en cause le modèle dominant, personne ne souhaitait regarder les visions satellites de la NASA qui montraient que la glace, si elle diminuait au pôle nord, augmentait dans le même temps considérablement au pôle sud. Les modèles proposés n’étaient pas vrais. De la même manière qu’a longtemps était cachée l’existence d’un plateau entre l’année 1998 et l’année 2013, dans le réchauffement atmosphérique.

Ces éléments amènent à penser que nous allons vraisemblablement vers un bouleversement climatique dont l’origine pourrait être l’activité humaine, mais elles n’autorisent pas à marteler, comme Al Gore le fit lors de la présentation de son film d’horreur écologique, que l’avenir est prévisible. En effet pour un scientifique, l’absence de démonstration remplacée par la corrélation entre plusieurs types d’événements ne tient pas lieu de preuve. Pour être certain d’une causalité, il faut démontrer la différence qui se produit selon que le facteur suspect soit présent ou absent. C’est une des bases de la science. Le scientifique ne doit pas imposer son point de vue sur une corrélation, en assurant que ceux qui ne pensent pas comme lui sont des incompétents ou des achetés. C’est irritant au plus haut point, car ne pas avaler à 100% le message de Nicolas Hulot ou d’Al Gore, dont les notions scientifiques sont pourtant modestes, c’est se retrouver classé parmi les sceptiques, ce qui est une insulte dans la bouche des « sachant » !

On ne peut pas être “pour ou contre” les vaccins

La vaccination est un autre exemple frappant. On ne peut pas être « pour ou contre » les vaccins. Certains sont utiles dans certaines situations, d’autres sont dépassés, d’autres encore présentent plus d’inconvénients que d’avantages, et toutes les maladies infectieuses n’ont pas comme réponse unique la création d’un vaccin. Les tentatives de mise au point d’un vaccin contre le paludisme ou le SIDA l’ont malheureusement montré, ainsi que l’introduction du BCG incapable cent ans après de contenir l’endémie tuberculeuse.

Il en est de même dans la plupart des domaines. A chaque fois que certains affichent une certitude qui leur permette de se distinguer comme intelligents, cultivés et « sachant », en particulier quand les mêmes ne proposent que des notions simplificatrices, cela crée un doute général, qui peut aller du scepticisme goguenard à la théorie du complot. En pratique, la vérité scientifique est fille du temps, elle change au fur et à mesure des connaissances. Ce n’est pas une religion à laquelle on doit croire ou non, à laquelle on doit adhérer ou pas, c’est une situation où l’on doit modestement admettre que la plupart des éléments semblent en faveur d’une théorie donnée. Ce n’est que cela la science.

Olivia Recasens

Conseillère éditoriale pour tous les développements (éditions, magazines et numérique) du pôle Culture et Connaissance au sein du groupe Humensis

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