Le « disjonctage » de Bill Gates Par Didier Raoult.  

Qu’arrive-t-il à Bill Gates ? Voilà un homme qui, grâce à sa fondation, a largement financé la prévention. Il a payé jusque 50% des vaccins de première nécessité dans les pays pauvres ; il a investi dans les moustiquaires pour lutter contre le paludisme ; il a contribué au fonds mondial pour le traitement du SIDA, du paludisme et de la tuberculose ; il vient de mettre de l’argent dans la Global Burden of Disease Study, qui permet d’identifier dans le monde les vraies causes de décès et de les distinguer des peurs propagées par Internet, ce qui est une priorité.

Bref, Bill Gates est un acteur de la santé publique mondiale et il joue un rôle bien plus important encore que l’OMS. A ce titre, il mériterait le prix Nobel de la Paix pour avoir sauver plus de personnes au 21ème siècle que n’importe quelle institution.

Mais sa déclaration sur l’imminence d’une pandémie vient de le faire basculer chez les prophètes – ce qui est inattendu – aux côtés d’un Al Gore. Est-ce parce qu’il jalouse le prix Nobel de ce dernier obtenu pour son film de science-fiction sur le réchauffement de la planète ? Ou bien rêve-t-il d’un destin à la Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, qui se proclame sauveur de l’Humanité ?

De la science-fiction sur le thème de la santé

Il est certain que ce doit être frustrant de ne pas voir son action reconnue. Mais de là à se livrer à de la science-fiction sur le thème de la santé… Soyons clairs, aucun scientifique ne sait actuellement créer un virus hyper virulent. L’exemple de la grippe espagnole que Bill Gates avance est faux, et il le sait pertinemment, puisque c’est son propre conseiller, spécialiste des infections respiratoires, Keith Klugman qui l’a démontré : la grippe espagnole a beaucoup tué parce que la plupart des victimes, affaiblies par le virus, sont mortes de maladies bactériennes qui seraient aujourd’hui traitées par antibiotiques… Quand aux prophéties sur Ebola, elles datent de 40 ans et sont totalement fantasques, le virus étant très peu contagieux!

Il est facile d’occuper le devant de la scène en se livrant à des prédictions catastrophistes. Cette tentation à prendre la lumière coûte que coûte, vient de faire une victime de plus, et c’est très regrettable.

 

Olivia Recasens

Conseillère éditoriale pour tous les développements (éditions, magazines et numérique) du pôle Culture et Connaissance au sein du groupe Humensis

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