Nous avons besoin de savants ! Par Olivia Recasens

« Les sciences et le progrès dans la République ».  C’est le titre du projet de résolution actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. 31 élus de droite, conduits par Bernard Accoyer, et 37  élus de gauche, menés par Jean-Yves Le Déaut y dénoncent le « climat de défiance croissant vis-à-vis des institutions scientifiques et des savants ».  Une accélération due à Internet qui, tout en favorisant l’accès à la connaissance, sert  de monstrueuse caisse de résonance aux  théories du complot comme aux rumeurs les plus folles. Sur les espaces numériques mais aussi  dans les agoras médiatiques, les croyants et les croyances tiennent le haut du pavé au détriment des savants et des savoirs. Le grand public ne sait plus à qui faire confiance. Et ces élus  soudain transformés en lanceurs d’alerte, de rappeler la phrase du mathématicien philosophe Bernard Russell : « La science n’a jamais tout à fait raison, mais elle a rarement tout à fait tort, et, en général, elle a plus de chance d’avoir raison que les théories non scientifiques. Il est donc rationnel de l’accepter à titre d’hypothèse. »

Las, nos politiques, regrettent ces parlementaires, prennent des décisions importantes dans des domaines aussi essentiels pour le citoyen, que  les biotechnologies, la politique vaccinale, les – ou  l’énergie, sans véritable expertise scientifique, et souvent sans réaliser d’études d’impact et d’évaluation des risques «  ce qui est contraire au bien public et devrait être fortement sanctionné ». Une dérive qui fragilise la démocratie dès lors que, « nos scientifiques et nos ingénieurs ne peuvent s’exprimer et être écoutés dans leur rôle d’expertise au prétexte que leurs avis ne constituent que des opinions parmi d’autres. »  

L’école de la République n’est pas épargnée : «  L’apprentissage des sciences comme la pratique de la méthode scientifique qui construit l’esprit critique ” y est en recul ».

Héritages de la philosophie des Lumières

La France boude ses savants, laisse partir à l’étranger ses jeunes cerveaux, et semble avoir perdu foi dans le progrès, comme si elle avait abandonné en chemin, « la rationalité et l’objectivité, héritages de la philosophie des Lumières ».

Pour tenter d’enrayer le déclin, le projet de résolution émet dix propositions, sur la place des sciences humaines, la formation scientifique ou encore le financement de la recherche et  l’expertise scientifique dans le processus de décision. 

Mais, rétorqueront les esprits chagrins, le sort fait à la science est-il la priorité alors que bien d’autres sujets préoccupent les Français ? Non… A moins d’avoir en tête cette phrase inscrit dans le dernier rapport de l’Unesco sur le sujet (2) : « la science est un bien commun qui permet une meilleure compréhension du monde. » Rien que ça…

(1) http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion4215.asp

(2) 18 septembre 2016

Olivia Recasens

Conseillère éditoriale pour tous les développements (éditions, magazines et numérique) du pôle Culture et Connaissance au sein du groupe Humensis

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