Olivia Recasens

Editrice, auteure | Société, Sciences, Nature, Débat

Olivia Recasens
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Non, travailler n’est pas toujours bon pour la santé…

Une étude de l’Inserm révèle que les mauvaises conditions de travail favorisent maladies cardiovasculaires et décès prématurés.

Travailler, c’est bon pour la santé… Une étude détonante pourrait bien jeter un sort à cet adage. Des chercheurs de l’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, se sont lancés dans une exploration inédite*, par sa précision et son exhaustivité, des liens entre santé et travail. Pour ce faire, ils ont passé au crible une cohorte de 20 625 salariés d’EDF-GDF, âgés de 39 à 54 ans, suivis depuis plus de 25 ans, de 1989 à aujourd’hui. De précieuses données qu’ils ont rigoureusement croisées avec l’environnement et les conditions de travail.

Troubles du sommeil et dépression

Les cobayes ont ainsi été soumis à 30 questions sur leur revenu mensuel moyen (moins de 2 592 euros à plus de 3 811 euros), leur temps de trajet domicile-travail, s’ils étaient soumis à des horaires irréguliers, s’ils travaillaient la nuit, ou dans le froid, le bruit… Ils ont aussi répondu à des questions plus subjectives : considéraient-ils leur job comme physiquement difficile (un peu, moyennement, beaucoup) ? quelle était leur latitude de décision ? recevaient-ils le soutien de collègues ? avaient-ils le sentiment de se surinvestir dans leur travail ? pensaient-ils que celui-ci était récompensé comme il se doit…? Premier constat : les conditions de travail dégradées sont une cause majeure de survenue d’accidents cardiovasculaires. Et ce, avant l’âge de la retraite.
Huit facteurs sont particulièrement délétères. Parmi lesquels, bien sûr, la catégorie socioprofessionnelle, le revenu mensuel et les horaires de travail, mais aussi le travail en posture pénible, l’exposition au bruit, à la pression, l’absence de soutien et le manque de reconnaissance. Autant de contraintes à la fois matérielles et psychologiques, qui génèrent chez ceux qui les subissent un risque augmenté de 53 % de développer une obésité, de 60 % de souffrir de troubles du sommeil, et de 113 % d’être victimes d’une dépression ! Trois conséquences sur la santé qui favorisent elles-mêmes la survenue précoce de maladies cardiovasculaires.

Une augmentation irréversible !

L’impact se vérifie autant chez les hommes que chez les femmes. Et il n’est pas réversible ! “L’augmentation du risque cardiovasculaire lié aux conditions de travail perdure après la retraite alors même que ces personnes n’y sont plus exposées”, écrivent les auteurs, tout en remarquant qu’il fait également grimper “la probabilité d’apparition d’autres facteurs de risque pour la santé “. Ainsi, l’obésité, difficile à combattre, favorise à terme l’hypertension et le diabète. D’autant plus inquiétant que la cohorte scrutée par l’Inserm, même si elle comporte 16 % d’ouvriers ou d’employés et 56 % de professions intermédiaires, est plutôt favorisée par rapport à la population générale, notamment en raison du statut de fonctionnaire dont jouissent les personnes qui la composent.

“Les conditions de travail dégradées sont un problème de santé publique largement sous-estimé alors qu’elles provoquent maladies et décès prématurés, essentiellement par accidents cardiovasculaires”, souligne Pierre Meneton, le chercheur de l’Inserm qui a piloté l’étude. Et d’avertir : “Les entreprises et services publics, en détériorant les conditions de travail par les techniques de management visant à augmenter la productivité, se tirent une balle dans le pied, car les pathologies induites comme les troubles du sommeil, la dépression et l’obésité sont particulièrement invalidantes sur le plan de la productivité, sans compter l’absentéisme et l’augmentation des dépenses de santé qui en résultent et pour lesquelles ces entreprises ou services publics cotisent, en sus des salariés.” À bon entendeur…

Paru dans Le Point.
*”Obesity, sleep complaints and depression are the cardiovascular risk factors primarily predicted by poor working conditions in the Gazel cohort”, American Journal of Epidemiology, Meneton et al., Inserm, décembre 2016.

Olivia Recasens

Editrice (Tana) et auteure

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