Le tabac, c’est l’impôt sur les plus pauvres Par Didier Raoult

L’augmentation du prix de tabac a longtemps été considérée comme une panacée pour limiter la consommation. Ceci est bien réconfortant pour les Etats, qui engrangent ainsi un supplément d’impôts indirect considérable puisqu’il atteint 80% du prix du tabac y compris le tabac à rouler des plus pauvres. Seule exception, les cigares, qui bénéficient d’une mansuétude assez inexplicable… Les Etats et l’OMS répètent qu’augmenter le prix va faire baisser la consommation, ce qui, en France au moins, apparaît entièrement faux. Les jeunes fument de plus en plus et les plus pauvres aussi. Ces derniers consacrent maintenant 31% de leur budget à la consommation de tabac dont 80% revient à l’Etat sous forme de taxes ! Ainsi 24% du budget mensuel des plus pauvres retournent à l’Etat qui s’en sert ensuite pour verser le RSA aux plus pauvres… Ce qui démontre aussi que ce n’est pas le prix qui joue un rôle essentiel dans la lutte contre le tabac : les plus riches, les plus cultivés, les mieux formés, diminuent de façon continue leur consommation.

Bénéfice net pour l’Etat : 1 milliard.

D’un point de vue cynique, l’augmentation du prix du tabac apporte un complément non négligeable au budget du pays. Ainsi, en 2013, l’Etat, a touché 14 milliards d’euros sur la vente de tabac et 6,6 milliards d’euros ont été économisés en retraites non versées du fait de la mort prématurée des fumeurs. A mettre en regard des 16,3 milliards d’euros consacrés aux dépenses de santé directement liés au tabac et aux impôts non encaissés du fait de décès prématurés, soit 3,3 milliards d’euros. Au total, le bénéfice net pour l’Etat est de 1 milliard. Si la sur-taxation du tabac diminuait, le coût des maladies liées au tabagisme persisterait des années entraînant un déficit net pour l’Etat.

Consommation en augmentation chez les chômeurs

Il est important de trouver des voies alternatives pour endiguer la consommation tabagique qui se concentre maintenant sur la population la plus défavorisée du pays. Le tabac est le facteur environnemental qui cause le plus grand nombre de décès et de maladies. Il est donc nécessaire de lutter contre lui, par tous les moyens. La cigarette électronique peut certainement jouer un rôle, compte tenu de l’échec patent de toutes les stratégies mises en place pour limiter la consommation de tabac qui augmente chez les populations les plus pauvres en particulier les chômeurs, fumeurs réguliers dans presque 50% des cas.

Dans ce contexte il n’est pas certain que l’hostilité face à la cigarette électronique soit un réflexe lucide, d’autant que son implantation en France, avant que les autorités publiques n’y mettent un frein, s’est accompagnée d’une baisse franche des ventes de tabac !

 

Olivia Recasens

Conseillère éditoriale pour tous les développements (éditions, magazines et numérique) du pôle Culture et Connaissance au sein du groupe Humensis

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