Les civilisations ne meurent pas seules… Par Didier Raoult

En déplacement au Vietnam, ma lecture d’Esope le fabuliste grec se télescopa avec le dynamisme néocapitaliste du pays et la découverte du caodaïsme. Il s’agit d’une religion née au XXème siècle intégrant Bouddha, le Christ, Lao tseu, et Confucius. Très francophiles, ils luttèrent contre les communistes et … les américains. Battus ils furent poursuivis, leur culte interdit jusqu’en 1988 et depuis les croyants se multiplient et sont actuellement 8 millions. 

A Angkor, les hindouistes ont détruits les statues et les rites bouddhistes jusqu’à la création d’une religion « fusionnée ». Bouddha y redevient un homme et non un dieu (Bouddha petit véhicule). En revanche tous les dieux d’Esope ont disparus et le communisme, religion athée, est mourant. Cette expérience montre que les civilisations et les religions sont de même nature, organisant la vie des humains, les religions deviennent ce qu’en font les hommes.

La naissance, l’expansion et la mort d’une religion est parallèle à celle de la civilisation qui la pratique. Ainsi, les civilisations maya, aztèque, inca ont entrainé dans leur chute, leurs religions. Je me permets comme Brassens, qui le faisait avec le cimetière marin, de renchérir sur Paul Valery qui écrit que « les civilisations meurent aussi ». D’ailleurs, le prophète local du communisme, Ho Chi Min, s’efface progressivement et sa ville éponyme, Saigon, retrouve son nom pré-communiste dans la population, hors des documents officiels. Comme Ekaterinbourg et Petersburg ont retrouvé leur nom ancien après le décès du communisme russe. 

Grand recyclage

La disparition des civilisations entraîne non seulement celle de leur religion mais aussi de leur langue, de leur science et de leur médecine. Les œuvres humaines sont fragiles, mais une partie se recycle et réapparait comme nous le voyons dans l’évolution biologique non darwinienne, en cohérence avec la théorie de l’éternel retour, un thème commun à Nietzsche, aux bouddhistes, aux Hindous et à Pythagore ! Ce recyclage des éléments religieux fut bien analysé par l’historien des religions Mircea Eliade et montre la paradoxale continuité disruptive de l’histoire humaine. Ainsi les grecs après Alexandre, mêlèrent l’olympe et le panthéon égyptien. Le christianisme recycla les temples païens, parfois les dieux se transformèrent en saints protecteurs, et la civilisation romaine persista dans le catholicisme.

Les religions naissent, se marient, enfantent de nouvelles religions, parfois sans dieu comme le communisme, le nazisme ou le laïcisme… et meurent.

Olivia Recasens

Conseillère éditoriale pour tous les développements (éditions, magazines et numérique) du pôle Culture et Connaissance au sein du groupe Humensis

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