L’évolution selon les religions Par Didier Raoult

La vision de l’évolution est étroitement dépendante de notre perception religieuse du monde. Ainsi, probablement plus de la moitié de l’Humanité pense que la vie est un cycle qui se renouvelle. C’est ce que les Grecs appelaient la « métempsycose ». Les hindous et les bouddhistes pensent en cycles multiples de vie. Cette vision du monde n’implique pas une évolution vers quelque chose de plus rationnel, mais simplement vers la fin d’une succession de vies, les « avatars ».

La deuxième grande vision de l’évolution est celle du monde immatériel succédant au monde matériel. C’est l’hypothèse du paradis ; celle des religions du livre, mais aussi des religions qui les ont précédées, les Champs Elysées des Grecs,  ou d’autres religions. Ici, notre vie matérielle a un sens qui détermine une vie ultérieure immatérielle. Ce sens ce suffit à lui-même et n’a pas besoin de tendre vers quelque chose, d’ « évoluer ». Les changements ne nous sont pas toujours compréhensibles. La bible traduit cette incompréhension du sens de l’évolution par « les voies du seigneur sont impénétrables ».

La troisième hypothèse, issue de la pensée rationnelle grecque, aristotélicienne, stipule que l’évolution a un sens, que nous changeons pour devenir meilleurs. Dans cette vision où triomphe la raison, l’homme joue un rôle, qui peut être déterminant. De ce mode de pensée est issu le Darwinisme : la sélection des plus aptes, la vie tend vers plus de complexité. On le retrouve dans la notion d’ « Anthropocène », où l’homme a tous les pouvoirs, y compris celui de détruire la planète. Ceci relativise l’existence de forces de changement extérieures. De ce point de vue là, la discussion sur le réchauffement de la planète est exemplaire : nous négligeons les facteurs extérieurs à l’homme.

Enfin, le quatrième mode de pensée qui a probablement toujours existé, est celui des fatalistes, qui pensent que le monde ne leur est pas compréhensible dans sa totalité, et qui essaient de vivre avec des connaissances contemporaines dont ils savent déjà qu’elles seront dépassées demain. C’est l’hypothèse de stoïciens et des épicuriens qui furent longtemps oubliés. C’est le mode de pensée qui est souvent celui des scientifiques les plus créatifs qui ne croient pas qu’ils découvriront une loi définitive. C’est le sens de l’exclamation de Macbeth : « la vie est une histoire pleine de bruit et de fureur racontée par un idiot, et qui n’a aucun sens ».

Cycles, paradis, raison ou fatalisme, ces façons de penser la vie traduisent des croyances très anciennes. Et il est remarquable de constater qu’en dehors du stoïcisme fataliste, toutes ces religions sont aussi agressives les unes envers les autres !

Olivia Recasens

Conseillère éditoriale pour tous les développements (éditions, magazines et numérique) du pôle Culture et Connaissance au sein du groupe Humensis

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